A propos du second tour de l’élection présidentielle française du 7 mai 2017

Nous n’aimons pas le climat actuel de propagande qui apparait dans la société française. Il faut laisser les deux candidats débattre et organiser la confrontation des idées avec leurs équipes respectives de campagne.

 

Les citoyens sont assez adultes pour se faire

une idée des enjeux par eux-mêmes.

 

Les interventions diverses de groupes constitués, notamment des syndicats et des religions, sont déplacées parce que leur activité première n’est pas d’effectuer des choix politiques partisans.

La situation économique du pays n’est pas assainie et les perspectives sont mauvaises pour de nombreuses raisons : déficits jumeaux difficilement résorbables, notamment celui de la balance des transactions courantes (la structure économique française n’est pas adaptée à l’euro, ce qui implique une déflation salariale continue). Le rapport Gallois de 2012 a fait un bon constat de l’état industriel du pays. Malheureusement, la solution est hors de portée du programme conventionnel d’E. Macron qui est trop basé sur la déréglementation et la concurrence. Cette démarche est cohérente avec l’hypothèse d’une régression industrielle du pays irréversible, scénario plausible à nos yeux. Certes, quelques dizaines de milliers d’emplois peuvent encore être créés dans le pays mais in fine cette ubérisation de la société qui nous est proposée ne conduira pas à une distribution de salaires plus élevés. La pertinente politique de l’offre, démarrée sous F. Hollande, ne rencontrera pas davantage les conditions de son succès avec le programme du candidat du mouvement En marche. D’une part, les contraintes européennes sont trop fortes (le rapport de change entre la France et l’Allemagne doit être flexible, sinon cela signifie la pratique d’une politique de déflation salariale appauvrissante pour les classes populaires et une grande partie de la classe moyenne) et, d’autre part, les inefficiences de l’économie française sont trop lourdes (faiblesse de l’innovation, qualification insuffisante de la main-d’œuvre en raison d’un appareil éducatif en échec et fournissant de façon pléthorique des qualification académiques, sans savoir-faire adapté au besoins de la production (ce qui aboutit à une déqualification de fait par le nombre excessif de diplômés similaires).

En ce qui concerne le programme de M. Le Pen, la proposition de sortie de l’euro peut sembler aller dans le bon sens à la condition toutefois d’y substituer le SME que la France n’aurait jamais dû abandonner, suivant en cela l’exemple prudent du Danemark.Au passage, je m’étonne des mises en garde du Gouverneur de la Banque de France sur un retour au Franc alors que l’on souhaiterait l’entendre davantage sur les hors-bilans des quatre banques systémiques françaises qui représentent 46 fois le PIB de la France (ou même sur le bilan de BNP Paribas dont on estimait en 2013 que 38 % des actifs étaient toxiques, ce chiffre s’élevant à 34% pour la Société générale!). Le risque de perte patrimoniale pour les Français est certainement plus élevé là qu’avec un simple retour au franc ! Cela dit, la sortie de l’euro n’est pas suffisante pour restaurer la compétitivité-structure de nos produits sur les marchés des pays tiers. Il faut donc rebâtir un tissu productif en s’abritant relativement (et momentanément) de la concurrence internationale, en pariant sur une innovation dynamique et une qualification de plus en plus performante de la main-d’œuvre nationale. Sur ces deux derniers points, on retrouve la difficulté très difficilement surmontable à laquelle sont confrontés les deux candidats : le pays présente de graves déficiences en innovation et éducation, en particulier parce qu’il ne veut pas travailler davantage. Il est donc excessif d’incriminer les seuls hommes politiques dans les difficultés de la France, le peuple détient sa part de responsabilité. Il faut bien comprendre aussi que si la France était performante en matière d'innovation et d'éducaton, elle disposerait d'un appareil productif plus puissant pour lequel l'euro serait un atout supplémentaire dans la compétition internationale. En fait, aujourd'hui, c'est moins l'euro qui pose problème que l'absence de flexibilité du taux de change entre la France et l'Allemagne. Sur la question migratoire (voir notre communication à l’Euro-Mediterranean migration Congress de Madrid d’avril 2017[1]), il est essentiel de favoriser l’immigration de haute qualification authentique et d’interrompre les mouvements de main d’œuvre faiblement qualifiés qui ne sont pas de nature à favoriser la montée en gamme des productions. De plus, il existe en France environ 6 à 7 millions de personnes sans travail ou peu employées. Une part significative de cette population est insuffisamment ou mal qualifiée (tout en étant parfois dotée de diplômes de l’enseignement supérieur). Autrement dit, la France a une proportion significative de travailleurs inadaptés à l’offre de travail ou qui refusent les emplois vacants. Cela engendre un coût social élevé que l’économie ne peut pas durablement financer. Les emplois vacants doivent être pourvus de façon prioritaire en recourant à cette main-d’œuvre plutôt qu’a une main-d’œuvre immigrée peu qualifiée et moins coûteuse en provenance de pays tiers (tant pis pour les employeurs à la recherche du taux de salaire le plus bas !). De façon générale, il est nécessaire de réguler au niveau national l’immigration de main-d’œuvre et de ne pas accueillir les migrations illégales de travail, le plus souvent sans qualification. Au total, cette donne migratoire me semble davantage prise en compte par M. Le Pen que par E. Macron.

Voilà quelques idées sur des points fondamentaux des programmes économiques des deux candidats. A chacun de se faire une opinion.

 



[1]Bernard Yvars, Le phénomène migratoire euro - méditerranéen : la nécessité d’une régulation soutenable interétatique, Communication à l’Euro-Mediterranean Congress, Université d’Alcala de Hénares, Madrid, avril 2017.

 

1 - Notre analyse à paraître prochainement: "Etat et perspectives de l'économie française", mai 2017

Résumé : De nombreux indicateurs révèlent une situation économique dégradée. La puissance publique est relativement impuissante à corriger cette détérioration en raison, d'une part, de finances publiques non assainies et, d'autre part, d'une politique de l'offre toujours difficile à mettre en place en économie complètement ouverte. La sortie de crise dépend essentiellement de l'initiative et de l'investissement privés dont le bilan à ce jour est mitigé. La politique actuelle de Quantitative easing de la BCE sera sans doute sans effet notable sur les activités productives et la croissance économique. En réalité, la politique monétaire est inopérante sur l'état des structures productives. Cette politique d’abondance monétaire crée une trappe à liquidités pouvant contribuer à la baisse du taux de change de l’euro, à une inflation plus forte mais utile à l’activité économique et bancaire, sans un recul significatif du chômage (et de la pauvreté). Dans ce contexte, le processus de construction de l'Union européenne tend à se pétrifier en ne convenant plus qu'à une partie du territoire national dont plusieurs zones connaissent une paupérisation en accroissement (graphiques ci-dessous). En réalité, le modèle européen d'intégration ne fonctionne plus de façon satisfaisante et doit donc être repensé en privilégiant son approfondissement (est-ce encore possible ?) ou sa mutation vers une réhabilitation des politiques nationales (les négociations en cours d’élargissement de l’Union européenne doivent être reportées sine die et la négociation avec la Turquie limitée à l’optimisation de son union douanière avec l’UE sans adhésion à celle-ci). Le système monétaire optimal pour les pays de l’Union européenne au regard de l’état de leurs structures productives était (et reste) le SME et pas l’euro qui a été prématurément mis en place (le Danemark l’a bien compris). Tout projet pour résoudre la crise multidimensionnelle de la zone euro devra avant tout éviter de déstabiliser un système financier européen et international non encore assaini. Il convient aussi de ne pas apporter de réponses dilatoires et irréalistes à cette crise (la solution d’un budget fédéral pour la zone euro, très difficile à mettre en place, qui s’appuie souvent sur un argumentaire convenu et techniquement imprécis-on se paie de mots-, s’avèrerait in fine inefficace économiquement).

Ces graphiques tirés d'Eurostat montrent une accentuation des difficultés de l'Arc Atlantique, notamment dans les régions françaises :


2 - Publication en librairie: Enjeux et défis de la coopération euro-méditerranéenne, Ed. Néothèque, 483 p., Palaiseau, February 2013.



3 - Communication à la Conférence: Politiques commerciales en Europe 1850 -1913 (Université Montesquieu-Bordeaux IV, Mars 2013)


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