Quelques réflexions sur la prochaine élection présidentielle en France



      Au départ, nous avions le projet d’évaluer, principalement sous un angle économique, le programme des différents candidats à l’élection présidentielle. Finalement, nous ne le ferons pas en raison de la faiblesse de ces programmes économiques (projets conventionnels de F. Fillon, E. Macron et B. Hamon) ou/et de la difficulté à évaluer précisément leurs résultats prévisibles (projets non conventionnels de M. Le Pen ou J. L. Mélenchon). La France est confrontée à deux déficits structurels majeurs : celui des finances publiques et celui de la balance des transactions courantes. On peut remarquer que seul F. Fillon propose de mieux maîtriser la dépense publique. Quid du déficit de notre balance des transactions courantes et de l’amélioration de notre compétitivité-structure !
      Cela étant, nous conservons le préambule ci-dessous que nous avions écrit au mois de décembre 2016 parce qu’il met en évidence les problèmes structurels dont souffre notre économie et les manquements à l’impartialité qui sont parfois reprochés à plusieurs médias ou à certains magistrats. Les interventions d'une partie de la Justice dans le moment électoral actuel posent problème, notamment dans le cas de l’affaire Fillon : par exemple, trop d’informations ont « fuité » vers la presse lors de l’enquête du PNF, révélant ainsi un dysfonctionnement majeur et donnant crédit à la thèse selon laquelle une partie de la Justice ne serait pas impartiale. La récente levée de l'immunité parlementaire de M. Le Pen ne m'est pas davantage apparue comme relevant d'une urgente nécessité ! La question du fonctionnement altéré de notre démocratie me semble désormais posée.
      Remarquons que la cabale contre F. Fillon trouve sans doute son origine moins dans son programme économique que dans sa politique sociétale s’il était élu à la Présidence de la République. Indiquons aussi que les affaires n'existeraient pas si les pratiques en cause étaient perçues comme irréprochables.


Préambule : une démocratie française au fonctionnement altéré


      Dans le futur, la principale difficulté pour la France (et les pays les plus développés) ne sera pas économique mais sociétale. La donne productive internationale est et restera figée à l’avantage des pays développés et de quelques pays émergents, notamment la Chine qui demeurera très dépendante des investissements occidentaux. Mais de nombreux pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine ne se développeront pas suffisamment pour sortir de leur marginalisation en termes d’échanges commerciaux dans la mondialisation actuelle. En dépit des progrès économiques constatés (émergence d’une classe moyenne soulignée par la Banque mondiale mais dont nous contestons l’ampleur au regard du critères utilisé pour la définir), beaucoup de ces pays qui connaissent souvent des taux de fécondité élevés seront confrontés à des difficultés économiques accrues qui pousseront une partie de leur population à migrer vers des espaces davantage porteurs d’espoir de vie meilleure. L’Europe et la France en particulier sont concernées par les conséquences du sous-développement qui perdure dans leur voisinage austral en continuant à être le réceptacle de flux imprévus de population. La pression migratoire sera donc forte et permanente en direction de pays européens qui fonctionnent de plus en plus comme des économies stationnaires. En clair, nos sociétés ne créent plus assez d’emplois et ne peuvent plus accueillir de main-d’œuvre supplémentaire, a fortiori si celle-ci n’est pas qualifiée (cas de l'immigration illégale). Mais les migrants n’ont pas qu’une dimension économique. On s’est aperçu qu’ils pouvaient avoir une ambition politique et favoriser parfois le développement d’un communautarisme de nature conflictuelle dans les sociétés d'accueil (G. Dussouy et B. Yvars, Bien- être et consolidation de l’Etat de droit dans l’UE dans le contexte de globalisation, 2010). C’est un danger majeur, souligné par certains intellectuels français, mais que les hommes politiques ne voient pas ou feignent de ne pas voir, notamment ceux appartenant à la Gauche, au Centre et à une partie des Républicains. Laissons de côté pour le moment ce péril existentiel pour nous consacrer à la réflexion économique, comme le font la plupart des candidats à la prochaine élection présidentielle (ce constat ne valant pas approbation de leur attitude).

      L’économie française est confrontée à deux déficits structurels majeurs qui contribuent petit à petit à son déclin économique inexorable mais sans effondrement : celui des finances publiques (déficit budgétaire et dette publique) et celui de la balance des transactions courantes qui révèle une mauvaise insertion de notre pays dans la division internationale du travail. Le premier type de déficit est assez aisé à résoudre (il faut réduire la dépense publique) alors que le second est très difficile à résorber dans la situation d’économie ouverte que connaît aujourd’hui la France. En effet, au-delà de l’éphémère restauration de la compétitivité-prix, il est nécessaire de redonner à notre pays une nouvelle compétitivité-structure telle que cela est préconisé dans le rapport Gallois de 2012. Cela implique des efforts considérables dans l’investissement productif et l’innovation.
      La réussite en la matière dépend aussi de l’existence d’un système éducatif performant. Or celui-ci est en très grave échec (bureaucratisation excessive du fonctionnement éducatif, élèves ou étudiants mal formés avec des lacunes importantes dans les enseignements fondamentaux, enseignants de compétence variable, pléthore d’enseignants et de personnels administratifs à l’Université, etc) malgré son coût très élevé (environ 88 milliards d’euros dans le budget de 2015). Il est assez incompréhensible de voir des hommes politiques (appartenant généralement à la Gauche) se réjouir du bilan éducatif de notre pays. On est en plein déni de réalité ! En vérité, nous n’avons pas beaucoup d’atouts pour réussir une reconquête de notre compétitivité-structure. Facteurs aggravants : une préférence non dissimulée pour le loisir de la part d’une population qui dans des sondages récents a réaffirmé majoritairement son attachement aux 35 heures et une main-d’œuvre insuffisamment qualifiée trop importante (le salaire net médian de la France en 2013 atteste de cette réalité avec un niveau très bas de 1772 euros /mois, rémunération d'un travail faiblement qualifié pouvant entraver d’éventuelles remontées de filières). S'il est possible de mettre en cause les hommes politiques, la population a aussi sa propre responsabilité dans les déficiences économiques du pays en raison de son insuffisante qualification académique et professionnelle. Cette situation s’accompagne simultanément d’une médiocrité de la créativité des élites, en particulier des intellectuels (les maîtres ont disparu dans de nombreux domaines et une pensée unique a progressivement pétrifié la réflexion dans le pays). Ce panorama synthétique et dégradé de la situation économique du pays n’empêche pas cependant l’existence d’une croissance économique plutôt satisfaisante (un peu plus de 1 % à l'heure actuelle), basée sur quelques points forts dans l’industrie et les services au sein d’un paradigme productif mondial figé et caractérisé par des innovations mineures. Toutes choses égales par ailleurs, cette performance est appelée à s’éroder. Les hommes politiques français ont bien perçu l’état de la France mais tous ne l’ont pas intégré dans leur programme qui, en termes de crédibilité, devrait impliquer des sacrifices et davantage de justice sociale (avec par exemple la fin progressive des régimes spéciaux de retraite).

      Un autre problème majeur doit être souligné : l’information biaisée, délivrée aux Français par de nombreux médias partisans. A propos de l’actuelle affaire Fillon, J. Chartier, député LR, déclare dans le Figaro du 1er février 2017: «le système médiatico - politique de gauche prend incontestablement le parti de l'acharnement». Soit. Nous sommes d’accord avec ce constat (l'affaire n'en demeurant pas moins peu glorieuse pour le candidat à l'élection présidentielle). Il devient donc urgent de restaurer un système médiatique plus équilibré, avec une plus grande diversité des opinions et des analyses, évitant ainsi la situation de démocratie altérée que connaît la France aujourd’hui. Le parti pris idéologique de nombreux médias de Gauche ou sous influence de la Gauche est problématique quand ces supports médiatiques partisans perçoivent des financements publics. Cela dit, leur argumentation est souvent sans portée parce qu’elle est monolithique ou à sens unique : c’est notamment le cas quand ces médias se livrent à l’exercice du bashing. Les cibles sont bien connues : D. Trump, T. May, V. Poutine, R. T. Erdogan, M. Le Pen, etc. Ces personnalités politiques, au demeurant idéologiquement diverses, ont un point commun jugé détestable par la pensée unique : la prise en compte et la satisfaction des aspirations nationales et/ou identitaires. Aux noms de la démocratie et de la liberté d’expression, ces idées doivent pouvoir circuler et être discutées dans le cadre de débats équilibrés. Ce n’est pas le cas aujourd’hui où de nombreuses émissions télévisées présentent des plateaux d’invités majoritairement de Gauche. Selon nous, le CSA ne joue pas son rôle au regard du respect de l'expression pluraliste des courants d'opinion ou de la rigueur dans le traitement de l'information. Dans ces conditions, on peut considérer que le débat est confisqué dans la France d’aujourd’hui par de tels médias partisans. Le peuple doit donc s’en remettre aux réseaux sociaux et aux sites citoyens individuels ou d’associations pour être mieux informé.

      La société française doit aussi s’interroger, mais moins urgemment, sur d’autres problèmes qui peuvent menacer son fonctionnement démocratique : par exemple, les dysfonctionnements pouvant affecter la Justice en raison même de son indépendance à l’égard du pouvoir politique (en particulier en cas de syndicalisme politisé dans ses rangs). Ce dernier, rappelons-le, tire sa légitimité du suffrage universel. Ce n’est pas le cas des magistrats qui ont une légitimité technique (des études de droit sanctionnées par plusieurs diplômes qui leur confèrent une indiscutable compétence professionnelle) mais ils n’ont pas de légitimité démocratique alors qu’ils peuvent exercer sur le citoyen un pouvoir exorbitant : un droit de vie ou de mort sur sa liberté ! C’est un problème grave. Les magistrats doivent donc être évalués, non pas par une institution judiciaire (on ne peut à la fois être juge et partie !) mais par le pouvoir politique légitimé par l'élection ou directement par le peuple (magistrats confirmés dans leur fonction par un vote populaire, par exemple). Venons-en aux candidats à la prochaine élection présidentielle.


Une Macron-mania incompréhensible et déraisonnable !


       E. Macron est présenté par certains médias (influencés par la Gauche ou au service de celle-ci) et des élus socialistes comme un homme providentiel qui permettra l’ouverture d’une nouvelle ère des capacités pour le pays et ses citoyens (capabilities dans la terminologie d'A. Sen). En réalité, il s’agit d’une candidature de gauche déguisée, inspirée par des socialistes libéraux qui ne pouvaient pas soutenir la candidature de F. Hollande en raison de son échec économique relatif et qui étaient- et sont encore- dans la détestation de M. Valls. Au regard de son action gouvernementale, E. Macron apparaît comme un homme politique très libéral sur le plan économique (mais l’ubérisation de la société a ses limites) et peut-être sociétal ( ?). Il égrène au fil des jours dans ses meetings, parfois en s’égosillant, des mesures d’un programme disparate et flou à ce jour. Quid des grands équilibres de l’économie et des déficits jumeaux du pays ! Aucune vision d’ensemble !

      J’ai écouté attentivement deux ou trois de ses discours sur les ondes de médias télévisuels. Le propos est de portée générale, très souvent superficiel, par exemple sur les thèmes de la santé ou de la construction européenne. On n’est donc pas à l’abri de propositions improvisées : ainsi, la «couverture à 100 %» dans les domaines du dentaire, de l'optique, et de l'audition à l'horizon 2022 (proposition formulée à Nevers le vendredi 6 janvier 2017). Quel est le coût d’une telle mesure et quel est son financement ? Cela ressemble à la fameuse proposition du barbier «Demain, on rase gratis ! ». Les électeurs doivent donc se méfier d’un candidat qui promet beaucoup et qui n’aborde pas les lourds problèmes économiques, sociaux et sociétaux de la France. Que dire des gens qui l’acclament ? Est-il possible d’être aussi mal informé sur la réalité française ? Sont-ils naïfs au point de croire au discours superficiel du candidat ? Le succès populaire de ses réunions publiques est un mystère complet tant le discours programmatique est creux, empreint d’angélisme ou monolithique -et dangereux- quand il prétend résoudre les problèmes par le libéralisme. Les forces populaires doivent donc se méfier car ce sont toujours elles qui sont les premières victimes du libéralisme économique. Récemment, E. Macron a évoqué la construction européenne dans des termes peu réalistes en en appelant à l’Europe et à sa politique commerciale extérieure commune, pour résoudre les problèmes productifs que la France seule ne peut pas selon lui résorber. Le recours à cette politique n’est pas pertinent, surtout après les accords de l’Uruguay round de 1995, parce qu'elle est devenue très libre-échangiste, parfois davantage que celle de l’OMC elle-même (cas de la politique anti-dumping européenne) ! Son discours, souvent présenté par ses fans comme moderne, semble ici frappé du sceau de la méconnaissance.
       En résumé, cette candidature n’est pas raisonnable : elle n’a pas de contenu programmatique précis sur les questions économiques essentielles, elle est une tentative, certes judicieuse mais peu discrète, de responsables socialistes pour conserver le pouvoir. Les médias qui adoubent ce candidat m'apparaissent manquer à leur mission d’information impartiale en ne soulignant pas son impréparation à l’élection présidentielle.
      Aujourd'hui, son programme est enfin un peu plus détaillé. Il est peu original et continue à ne pas répondre aux grands déséquilibres économiques du pays. Un point positif cependant : l'homogénéisation des régimes de retraite avec la fin annoncée des régimes spéciaux. Mais il ne suffit pas de prévoir un telle disposition, encore faut-il pouvoir la réaliser face aux oppositions multiples qui se manifesteraient à coup sûr !

Au final, il me semble hasardeux de donner le gouvernail du navire France à une personne ayant une expérience aussi faible de la vie politique de notre pays.

.


A SUIVRE



2 - Notre analyse à paraître prochainement: "Etat et perspectives de l'économie française", mars 2017

Résumé : De nombreux indicateurs révèlent une situation économique dégradée. La puissance publique est relativement impuissante à corriger cette détérioration en raison, d'une part, de finances publiques non assainies et, d'autre part, d'une politique de l'offre toujours difficile à mettre en place en économie complètement ouverte. La sortie de crise dépend essentiellement de l'initiative et de l'investissement privés dont le bilan à ce jour est mitigé. La politique actuelle de Quantitative easing de la BCE sera sans doute sans effet notable sur les activités productives et la croissance économique. En réalité, la politique monétaire est inopérante sur l'état des structures productives. Cette politique d’abondance monétaire crée une trappe à liquidités pouvant contribuer à la baisse du taux de change de l’euro, à une inflation plus forte mais utile à l’activité économique et bancaire, sans un recul significatif du chômage (et de la pauvreté). Dans ce contexte, le processus de construction de l'Union européenne tend à se pétrifier en ne convenant plus qu'à une partie du territoire national dont plusieurs zones connaissent une paupérisation en accroissement (graphiques ci-dessous). En réalité, le modèle européen d'intégration ne fonctionne plus de façon satisfaisante et doit donc être repensé en privilégiant son approfondissement (est-ce encore possible ?) ou sa mutation vers une réhabilitation des politiques nationales (les négociations en cours d’élargissement de l’Union européenne doivent être reportées sine die et la négociation avec la Turquie limitée à l’optimisation de son union douanière avec l’UE sans adhésion à celle-ci). Le système monétaire optimal pour les pays de l’Union européenne au regard de l’état de leurs structures productives était (et reste) le SME et pas l’euro qui a été prématurément mis en place (le Danemark l’a bien compris). Tout projet pour résoudre la crise multidimensionnelle de la zone euro devra avant tout éviter de déstabiliser un système financier européen et international non encore assaini. Il convient aussi de ne pas apporter de réponses dilatoires et irréalistes à cette crise (la solution d’un budget fédéral pour la zone euro, très difficile à mettre en place, qui s’appuie souvent sur un argumentaire convenu et techniquement imprécis-on se paie de mots-, s’avèrerait in fine inefficace économiquement).

Ces graphiques tirés d'Eurostat montrent une accentuation des difficultés de l'Arc Atlantique, notamment dans les régions françaises :


3 - Publication en librairie: Enjeux et défis de la coopération euro-méditerranéenne, Ed. Néothèque, 483 p., Palaiseau, February 2013.



4 - Communication à la Conférence: Politiques commerciales en Europe 1850 -1913 (Université Montesquieu-Bordeaux IV, Mars 2013)


Cliquez sur le lien suivant:








E-mail :





Haut de page