Billet d’humeur actualisé - 27 septembre 2017

On est tombé de Charybde en Scylla !

   Notre billet d’humeur ci-dessous mérite d’être actualisé au regard de l’action du pouvoir en place depuis le 18 juin. Quelle évaluation peut-on en faire à ce jour ? Tout d’abord, nous constatons que la sévérité de notre billet antérieur était tout à fait fondée. Ensuite, une nouvelle fois, nous souhaitons souligner la vacuité du projet gouvernemental (et donc présidentiel) pour la France. La nouvelle gouvernance se caractérise essentiellement par des coups de communication qui ne sont pas ou ne seront pas suivis d’effets la plupart du temps. Au hasard, on peut citer l’idée des hotspots en Afrique pour canaliser et contrôler les migrations essentiellement économiques en provenance de ce continent. Une fausse bonne idée qui se heurte à des difficultés inextricables d’application… et qui de fait exercera un effet d’appel si elle se concrétise. Et pour les déboutés de ces hotspots le recours aux filières traditionnelles d’immigration clandestine ! Cela n'est pas sérieux. Pourtant, la question de l’immigration devrait être la priorité absolue de tout Gouvernement dans la mesure où la pression migratoire économique sur l’Europe -et la France en particulier-devrait s’accentuer dans les prochaines années en raison de perspectives économiques défavorables, notamment pour l'Afrique et l'Amérique latine (voir nos recherches économiques récentes et les excellents travaux de la démographe M. Tribalat en matière d’immigration). Malheureusement, pour l’heure, c’est la politique de l’autruche qui prévaut alors que sondage après sondage, la population française exprime majoritairement une opinion négative sur l’immigration. Tout ou presque dans la politique gouvernementale est au diapason de cet exemple avec de surcroît, de nombreux médias qui continuent de se vautrer dans une complaisance blâmable à l’égard du nouveau pouvoir. Néanmoins, nous concédons volontiers que le redressement économique du pays est une tâche colossale, sans doute hors de portée du programme conventionnel présidentiel en raison notamment de l’insuffisante qualification de la population active pour affronter la mondialisation actuelle. Pour nous, la France n’est pas aujourd’hui engagée sur la bonne voie.

      J. H. Lorenzi, le Président du Cercle des économistes, évoquait au début du mois de septembre 2017 sur la chaîne de télévision LCI l’embellie économique actuelle du pays en s’appuyant essentiellement sur la création nette d’emplois en France qui apparaît significative. Il soulignait de façon pertinente mais non sans hésitation (comme s’il fallait à tout prix voir la situation du pays sous des aspects positifs !) que les emplois créés dans la période récente n’étaient pas assez qualifiés. Et c’est justement là où le bât blesse ! Il est vain d'espérer une sortie réelle de crise si on n’est pas en mesure d’élever significativement la qualification du travail. Le 12 septembre 2017, sur France 5 dans l’émission C dans l’air, on pouvait entendre R. Soubie tenir un discours du même tonneau louant, cette fois-ci sans restriction aucune, la création nette d’emplois de l’économie française dans la période contemporaine, signe que la situation s’améliorait. Tout cela n’est pas sérieux. Comme nous l’avons écrit ci-dessous, les déficits jumeaux de la France, l’insuffisante qualification professionnelle de sa population due notamment à l’inefficience de son système éducatif et une innovation déficiente sont les déterminants d’un déclin économique inéluctable du pays. Ces problèmes structurels très lourds ne sont pas traités par le nouveau pouvoir qui compte peut-être sur une zone euro rénovée pour tenter de trouver une stabilisation de ce déclin. Ce pari ne peut pas être gagné parce que les effets de domination de l’économie allemande dans la zone euro sont trop importants pour éviter une paupérisation relative de tous les autres Etats membres (en résumé, il faudrait faire une zone euro sans l’Allemagne !). De plus, le 13 septembre 2017, le président de la Commission européenne J.-C. Juncker a rejeté les propositions Macron en la matière : Parlement et budget de la zone euro, ministre unique des Finances de cette zone. J.- C. Juncker (qui sans doute avait recueilli préalablement l’avis de Berlin) s’exprimait à Strasbourg devant un Parlement européen, ravi de ne pas voir entamer ses prérogatives et autres rentes de situation. En clair, il n’y a plus rien à attendre de la présidence Macron pour une rénovation de la zone euro ou encore pour une relance de l’axe franco-allemand, axe devenu purement virtuel et d'utilisation opportuniste. A la Sorbonne, le 27 septembre 2017, E. Macron réitère ses propositions pour la zone euro, faisant fi du discours de J.-C. Juncker devant le Parlement européen. Au total, il énonce vingt propositions pour faire avancer le processus intégrateur européen. Pourquoi pas 50 ou 100 propositions ? Tout cela n'est pas sérieux et relève, selon nous, d'une simple stratégie de communication. Ce discours à l'intention des gens crédules est cependant bien relayé par de nombreux médias dont nous ne cessons de dénoncer la complaisance. Les mesures suggérées en matière de réforme de la zone euro, d'ores et déjà rejetées par la Commission européenne, n'ont en réalité aucune chance d'aboutir. Un autre exemple, en matière d'adaptation de la PAC, l'objectif de la nouvelle politique agricole serait de protéger les Européens, en particulier face à la volatilité des marchés mondiaux qui pourrait mettre en péril leur souveraineté alimentaire, nous dit-il. Mais comment, par quel(s) mécanisme(s)? Cela n'est pas dit. De ce fait, la proposition présidentielle devient un propos creux. Veut-il réformer les marchés à terme des produits agricoles ? Il n'en a pas le pouvoir ni lui, ni même l'Union européenne... Non, décidément, le compte n'y est pas avec ce nouveau pouvoir !

      Un dernier mot sur le conflit social actuel: pour nous, la réforme du Code du travail, qui n’aura que très peu d’effets sur l’emploi, est accessoire par rapport aux réformes nécessaires pour redresser la situation économique du pays dans la mesure où cela est encore possible. Nous n’approuvons pas les mots employés par le nouveau pouvoir pour s’adresser en diverses circonstances aux Français («les gens qui ne sont rien», «les fainéants», etc). Cela dit, si ces propos ciblent l'insuffisante qualification d'une part trop importante (certainemement majoritaire !) de la population, ils ne sont pas infondés. Par ailleurs, nous regrettons profondément que la seule opposition audible au nouveau pouvoir apparaisse celle de la France insoumise dont le programme économique naïf et dangereux (par exemple, les projets croquignolesques autour de l’économie de la mer ou l'explosion aberrante des dépenses publiques !) serait extrêmement préjudiciable au pays s'il était appliqué. Mais il y a plus grave quand émanent de membres de ce parti attrape-tout et démagogique des propos parfois inquiétants comme ceux tenus autour de l’islamisme. Une aubaine pour E. Macron qui peut trouver dans la France insoumise un épouvantail idéal !

      Selon nous, le seul succès du nouveau pouvoir sera la paupérisation accrue de la classe moyenne de notre pays via l’inéluctable hausse des prélèvements obligatoires la concernant parce qu’il n’existe pas dans le pays de réelle volonté de baisser sensiblement la dépense publique. Au passage, le renoncement au prélèvement à la source serait une mesure de bon aloi, de nature à apaiser les esprits parce que l’abaissement inévitable du niveau du bulletin de salaire aura un effet psychologique hautement négatif sur des salariés rendus très irritables par les réformes envisagées dont certaines ne sont pourtant pas infondées (par exemple, la fin des régimes spéciaux de retraite). De plus, le prélèvement à la source n’est pas une disposition indispensable au redressement économique du pays. Alors, un peu de bon sens...



Billet d’humeur - 20 juin 2017

A propos des élections françaises de 2017
Une ardente obligation de Résistance face au nouveau pouvoir

Dans son contenu, l’élection présidentielle de 2017 a été un désastre intellectuel remarquable. Les difficultés considérables du pays en matière économique, sociale, sociétale n’ont rencontré en définitive qu’un désert d’idées. Tous les candidats à cette élection sont blâmables et finalement, le moins mauvais d’entre eux a été retenu par une minorité du corps électoral. Plus de la moitié de celui-ci s’est abstenue à l’occasion du premier tour des élections législatives du 11 juin 2017. Un peu moins de 33 % des votants ont soutenu les candidats du camp vainqueur de l’élection présidentielle. Les élus du second tour, avec un taux d’abstention qui s'est encore accru, ont donc acquis une légitimité institutionnelle mais pas démocratique. On peut donc s’attendre à ce que leur gouvernance ne soit pas spontanément et aisément acceptée. Plus généralement, le pays connaît une crise économique, sociale et sociétale de grande ampleur et il apparaît mal armé pour surmonter ces différentes difficultés. Une partie de la population (notamment celle attachée à la monnaie unique, l’euro) ne perçoit pas les problèmes économiques du pays parce qu’elle vit dans l’indolence de l’économie d’endettement qui lui permet de bénéficier de la crédibilité de l’euro (bas taux d’intérêt) sans en accepter la discipline de finances publiques (maîtrise du déficit public et de l’endettement). Ce comportement de passager clandestin, qui irrite à juste titre l’Allemagne, ne peut pas être durable. Plus grave ! La situation économique du pays n’est pas assainie et les perspectives sont mauvaises pour de nombreuses raisons : déficits jumeaux difficilement résorbables, notamment celui de la balance des transactions courantes (la structure économique française n’est pas adaptée, notamment à l’euro, ce qui implique au moins une déflation salariale continue). Le rapport Gallois de 2012 a fait un bon constat de l’état industriel du pays, confirmant d’ailleurs des enseignements déjà établis par de multiples rapports antérieurs mais qui n’ont pas abouti à grand-chose sous les présidences paresseuses de F. Mitterrand, J. Chirac, N. Sarkozy et F. Hollande.

Avec E. Macron, la connaissance de la réalité de la situation économique du pays est certainement là mais malheureusement, la solution est hors de portée de son programme conventionnel, trop basé sur la déréglementation et la concurrence. Peut-être n’y-a-t-il plus rien à faire ? Cette démarche serait alors cohérente avec l’hypothèse d’une régression industrielle du pays irréversible, scénario très plausible à nos yeux. Quelques dizaines de milliers d’emplois peuvent encore être créés dans le pays mais in fine l’ubérisation accrue de la société qui nous est proposée ne suffira pas à sortir l’économie nationale du marasme dans lequel elle se trouve.

Nous sommes donc convaincu que la Présidence Macron se soldera par un échec économique (et industriel) tant les inefficiences de notre économie sont lourdes : faiblesse et insuffisante qualité de l’innovation, qualification inappropriée de la main-d’œuvre en raison notamment d’un appareil éducatif en échec et fournissant de façon pléthorique des qualifications académiques, sans savoir-faire adapté aux besoins de la production (avec une déqualification de fait par le nombre excessif de diplômés similaires). L’OCDE vient d’ailleurs de critiquer la performance de l’appareil de formation national. Mais on est loin d’une évaluation pertinente de la profondeur du mal. En réalité, une part trop importante de la population de notre pays n'est pas assez qualifiée pour redynamiser notre économie dans la compétition internationale actuelle. C'est un handicap insurmontable pour tout gouvernment, quelle que soit sa couleur politique. De plus, les présidences paresseuses antérieures ont laissé se pérenniser des fragilités structurelles. Ainsi, le tissu industriel est pénalisé par l’importance des PME et des TPE (firmes de taille intermédiaire en nombre insuffisant), ce qui nous lèse dans les efforts de remontée de filières ou de participation accrue aux CVM. L’investissement productif des firmes est tendanciellement trop faible. Enfin, la zone asiatique consolide son hégémonie en matière industrielle autour de la Chine, du Japon, de la Corée du Sud, etc. Elle est devenue la première zone mondiale de robotisation des processus industriels, devançant largement l’Europe et l’Amérique du Nord. De surcroît, la main-d’œuvre y est nombreuse, flexible et de qualification croissante. Une question se pose alors : si on ne peut plus créer d’emplois dans l’industrie, où peut-on en créer ? dans les services aux entreprises ?

Un autre problème économique doit être abordé : celui de la place de l’immigration dans l’offre de travail française. On ne sait pas précisément ce que sera la nouvelle politique en la matière mais celle qui a prévalu depuis la présidence Giscard d’Estaing n’était pas pertinente, favorisant trop l’immigration de main-d’œuvre peu qualifiée. Or, celle-ci est préjudiciable à la modernisation des processus productifs, d’autant plus qu’il existe aujourd’hui en France environ 6 millions de personnes au chômage ou mal employées. Une grande partie de cette force de travail est déqualifiée et devrait en fait occuper les emplois vacants de l’économie nationale (abaissant ainsi le coût du traitement social du chômage). Sur la question migratoire (voir notre communication à l’Euro-Mediterranean migration Congress de Madrid d’avril 20171), nous défendons le principe d’une politique d’immigration limitée à l’immigration de haute qualification. L’interruption d'une immigration de main-d’œuvre faiblement qualifiée (avec son corollaire le retour des travailleurs clandestins dans leur pays d'origine) est devenue une nécessité parce que, d'une part, elle ne favorise pas la montée en gamme des productions et, d'autre part, le pays est abondamment pourvu aujourd’hui en travail non qualifié en raison du sous-emploi et d’un appareil éducatif gravement déficient. Sur ce point, on jugera l’action gouvernementale sur ses actes mais avec une grande défiance a priori, induite par les déclarations, ici où là, de représentants du nouveau pouvoir.

En résumé, le nouveau pouvoir ne nous semble pas sans compréhension de la gravité de la situation économique (encore que les solutions suggérées pour sortir la zone euro de la crise, par exemple, ne nous semblent pas très fécondes), mais son échec nous apparaît inévitable, du moins sur le plan industriel (voir nos travaux à paraître en octobre 2017 qui établissent notamment un bilan négatif des déterminants d'une éventuelle réindustrialisation du pays). Quant à la maîtrise de l’immigration de main-d’œuvre, l'exemple du détournement continu de la politique nationale de visas (à l'expiration de son visa, le détenteur ne regagne pas toujours son pays d'origine, demeurant ainsi illégalement dans le pays d'accueil), montre que l'on peut douter de l'obtention de résultats probants en la matière. Certains considèrent que les échecs inévitables du nouveau pouvoir seront la juste punition d’électeurs qui ont mal voté. Notre point de vue est différent : la majorité du corps électoral ne se sent pas représentée par le nouveau pouvoir pour lequel elle n’a d’ailleurs pas voté … mais elle subira néanmoins l’incontournable punition induite par ses échecs. Un dernier mot pour dénoncer certains médias, incapables d'esprit critique, ayant souvent une mauvaise compréhension du monde économique qui les entoure et qui se vautrent dans une "Macronmania" désolante (peut-être ne voient-ils pas d'alternative crédible au nouveau pouvoir, ce qui est sans doute un constat exact pour le moment !).

1Bernard Yvars, Le phénomène migratoire euro - méditerranéen : la nécessité d’une régulation soutenable interétatique, Communication à l’Euro-Mediterranean Congress, Université d’Alcala de Hénares, Madrid, avril 2017.

 

1 - Notre analyse à paraître prochainement: "Etat et perspectives de l'économie française", Décembre 2017

Résumé : De nombreux indicateurs révèlent une situation économique dégradée. La puissance publique est relativement impuissante à corriger cette détérioration en raison, d'une part, de finances publiques non assainies et, d'autre part, d'une politique de l'offre toujours difficile à mettre en place en économie complètement ouverte. La sortie de crise dépend essentiellement de l'initiative et de l'investissement privés dont le bilan à ce jour est mitigé. La politique actuelle de Quantitative easing de la BCE sera sans doute sans effet notable sur les activités productives et la croissance économique. En réalité, la politique monétaire est inopérante sur l'état des structures productives. Cette politique d’abondance monétaire crée une trappe à liquidités pouvant contribuer à la baisse du taux de change de l’euro, à une inflation plus forte mais utile à l’activité économique et bancaire, sans un recul significatif du chômage (et de la pauvreté). Dans ce contexte, le processus de construction de l'Union européenne tend à se pétrifier en ne convenant plus qu'à une partie du territoire national dont plusieurs zones connaissent une paupérisation en accroissement (graphiques ci-dessous). En réalité, le modèle européen d'intégration ne fonctionne plus de façon satisfaisante et doit donc être repensé en privilégiant son approfondissement (est-ce encore possible ?) ou sa mutation vers une réhabilitation des politiques nationales (les négociations en cours d’élargissement de l’Union européenne doivent être reportées sine die et la négociation avec la Turquie limitée à l’optimisation de son union douanière avec l’UE sans adhésion à celle-ci). Le système monétaire optimal pour les pays de l’Union européenne au regard de l’état de leurs structures productives était (et reste) le SME et pas l’euro qui a été prématurément mis en place (le Danemark l’a bien compris). Tout projet pour résoudre la crise multidimensionnelle de la zone euro devra avant tout éviter de déstabiliser un système financier européen et international non encore assaini. Il convient aussi de ne pas apporter de réponses dilatoires et irréalistes à cette crise (la solution d’un budget fédéral pour la zone euro, très difficile à mettre en place, qui s’appuie souvent sur un argumentaire convenu et techniquement imprécis-on se paie de mots-, s’avèrerait in fine inefficace économiquement).

Ces graphiques tirés d'Eurostat montrent une accentuation des difficultés de l'Arc Atlantique, notamment dans les régions françaises :


2 - Publication en librairie: Enjeux et défis de la coopération euro-méditerranéenne, Ed. Néothèque, 483 p., Palaiseau, February 2013.



3 - Communication à la Conférence: Politiques commerciales en Europe 1850 -1913 (Université Montesquieu-Bordeaux IV, Mars 2013)


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